7ème édition du Festival Les Inattendus
Par Les Inattendus • 6 jan, 2010 • Catégorie: Edito •
Au cours d’une édition précédente, nous avions invité des familles du quartier de la Guillotière à assister à une séance qui leur était consacrée. Des femmes étaient venues accompagnées de leur mari et de leurs enfants. Au milieu de la programmation s’étaient glissés deux courts films d’un artiste vidéo, Jacques Maitrot, représentant l’un des sèche-cheveux, l’autre des fers à repasser, en train de fonctionner. Après une succession de fondus-enchaînés qui laissaient supposer qu’un certain temps s’était écoulé, ces ustensiles ménagers auxquels, on le comprenait alors, l’artiste avait dû retirer les fusibles, se mettaient à vrombir, gonfler, jusqu’à fondre, brûler, exploser, se répandre enfin en fumant goutte à goutte jusqu’au sol. Et cela d’une façon si ridicule et si grotesque, qu’il n’était besoin d’aucun commentaire pour apprécier le comique de la situation, une certaine beauté produite par ces déformations pyrotechniques, et la critique sous-jacente, entre autres, d’une forme de consommation jetable. La lumière de la salle est bientôt revenue, sur le visage impassible des maris, et le regard de leurs femmes que la découpe de leur voile révélait pétillant et rieur.
Tout cela pour dire et contester cette idée infâme qui prétendrait qu’un certain « grand » public ne serait accessible qu’au seul pré carré d’une imagerie télévisuelle ou cinématographique débilitante. Ou bien qu’il ne faudrait penser une programmation qu’en fonction des goûts présumés des spectateurs. Nous affirmons au contraire notre certitude que le public, pour peu qu’on lui fasse confiance et que parfois on l’accompagne, fait alors montre d’un grand discernement.
Huit sélectionneurs (réalisateurs, artistes, critiques, enseignants, amoureux du cinéma) se sont mis en quatre cette année pour concocter cette semaine de Festival, choisissant les films qu’ils voulaient montrer à tout prix.
Des séances « spéciales » complètent et enrichissent la programmation. Entre autres, une rétrospective de l’œuvre de Stephen Dwoskin conçue par la revue Dérive, un retour sur le cinéaste Guy Gilles, des séances scolaires et jeune public, un état des lieux de la création audiovisuelle en prison.
Une semaine que nous avons voulue joyeuse, engagée, impertinente, et même effrontée, curieuse d’un cinéma dont l’exigence tourne le dos à toute idée d’élitisme ou d’ostracisme. En somme, un cinéma vivant.
Les Inattendus.
Les Inattendus est une association pour la pratique et la diffusion d'un cinéma [très] indépendant implantée à la Guillotière (Lyon)
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